Corrigé du partiel du 29 mars 2000
Statistique des processus
MST ISASH - Maîtrise MASS
Exercice 1.
Modélisation par une moyenne mobile.
Soient
un processus stationnaire, et
une réalisation de ce processus entre les instants
et
. Pour déterminer s'il est raisonnable de modéliser
par une moyenne mobile, on utilise les deux résultats suivants :
- L'autocorrélation empirique
calculée sur les
valeurs
, suit approximativement une loi gaussienne de moyenne l'autocorrélation (théorique)
, et de variance
.
- L'autocorrélation (théorique) d'un MA(
) est nulle à partir du rang
.
Ces deux arguments ont pour conséquence que si
est un MA(
), alors
appartient à l'intervalle
avec une probabilité de l'ordre de 95% pour tout
. L'autocorrélation estimée
est une réalisation de l'autocorrélation empirique ; à partir du rang
, sous l'hypothèse que
est un MA(
), elle doit donc être comprise entre
et
environ 19 fois sur 20. Or on constate qu'aucun phénomène de ce type n'apparaît sur l'autocorrélogramme à partir de quelque rang que ce soit.
Une modélisation de type MA(
) n'est donc pas opportune.
Modélisation par un processus autorégressif.
On raisonne de façon tout à fait symétrique pour déterminer si une modélisation de type AR(
) est envisageable. On se sert des résultats suivants :
- L'autocorrélation partielle empirique
calculée sur les
valeurs
, suit approximativement une loi gaussienne de moyenne l'autocorrélation partielle (théorique)
, et de variance
.
- L'autocorrélation partielle (théorique) d'un AR(
) est nulle à partir du rang
.
Cela a pour conséquence que si
est un AR(
), alors
appartient à l'intervalle
avec une probabilité de l'ordre de 95% pour tout
. L'autocorrélation partielle estimée
est une réalisation de l'autocorrélation partielle empirique ; à partir du rang
, sous l'hypothèse que
est un AR(
), elle doit donc être comprise entre
et
environ 19 fois sur 20. Or on constate sur l'autocorrélogramme que c'est effectivement le cas à partir de
, et même, à une exception près - ce qui est acceptable sur 39 valeurs et peut correspondre aux 5% qui n'appartiennent pas à l'intervalle
-, à partir de
.
On peut donc proposer de modéliser
par un AR(
), voire par un AR(
).
Les équations qui permettent de déterminer les coefficients d'un modèle AR(
) sont les équations de Yule-Walker.
Hypothèse AR(1) :
. Alors les équations de Yule-Walker se réduisent à
D'où l'estimation de
par
.
Hypothèse AR(4) :
. Alors les équations de Yule-Walker deviennent
Pour estimer les coefficients
, on remplace l'autocorrélation par l'autocorrélation estimée. D'où
Remarque : ce système a pour solution
Exercice 2.
1) Montrons que
annule les composantes saisonnières.
Méthode 1. On remarque que la transformée en
de
peut se décomposer en
Autrement dit,
s'écrit comme produit de composition des filtres
,
et
. Or
annule les composantes saisonnières de période 3. Donc
aussi.
Méthode 2. Soit
une composante saisonnière de période 3 ;
vérifie donc les propriétés suivantes :
,
On en déduit :
2) Montrons que
conserve les tendances polynômiales de degré inférieur ou égal à
.
Méthode 1. Il suffit de vérifier que
divise
, ce qui revient à déterminer
et
tels que
En développant, et en identifiant les coefficients, on obtient le système d'équations
Ce système admet une solution
et
. Ce qui conclut la preuve.
Méthode 2. Soit
une tendance polynômiale quelconque de degré inférieur à 2. Montrons que
:
3) Le filtre
n'est pas inversible puisqu'il n'est pas injectif : toutes les composantes saisonnières de période 3 ont même image, qui est la suite nulle. En termes d'algèbre linéaire, cela signifie que le noyau de l'opérateur linéaire
n'est pas réduit à
.
Autre preuve :
et
racines de
sont racines de
; or elles sont de module
, et l'on sait qu'un filtre est inversible si et seulement si sa transformée en
n'a pas de racine de module 1.
Exercice 3.
1) Il s'agit d'un modèle AR(2) (ou ARMA(2,0)), de la forme
avec
.
2)
est le bruit blanc d'innovation associé à
si le modèle ARMA qui détermine
est causal et inversible. Le modèle est inversible s'il est possible d'écrire
sous la forme
autrement comme fonction du passé de
jusqu'à l'instant
; or c'est bien le cas par définition même du processus autorégressif, avec
,
,
et
pour tout
.
Le modèle est causal s'il est possible d'écrire
comme fonction du passé de
jusqu'à l'instant
, autrement dit sous la forme
C'est le cas si et seulement si les racines de
sont de module strictement plus grand que 1. Or
, et ses racines sont donc
et
. Le modèle est donc bien causal.
Conclusion :
est bien le bruit blanc d'innovation associé à
.
3) Soient
quelconques. En reprenant les notations du 2) :
Comme pour tout
positif,
est inférieur à
qui est strictement inférieur à
, il apparaît qu'on a toujours
, et donc
(car
est un bruit blanc). La somme précédente est donc une somme de termes nuls, et est donc nulle. D'où
.
En d'autres termes,
est orthogonal à son passé strict
car c'est un bruit blanc ;
est égal à
car c'est le bruit blanc d'innovation associé à
; donc
est orthogonal à
si
.
On en déduit que pour tout
, et même
, on a
D'où l'égalité demandée.
4) Nous allons démontrer la formule par récurrence. Vérifions-la d'abord pour
et
. En
, c'est évident car
et
. En
, il faut commencer par calculer
; or, d'après la formule du 3), on a
D'où
. D'autre part,
La formule est donc démontrée pour
et
. Posons maintenant comme hypothèse de récurrence
H(t) :
H(1) est vraie ; montrons que
implique
quel que soit
: soit
quelconque, alors
ce qui montre H(t+1). La récurrence est ainsi établie, et la formule donnant
est donc vraie quelque soit
.
5)
Exercice 4.
1)
et
sont deux processus MA(2) (ou ARMA(0,2)) :
De leur nature même, ces modèles sont causals (cf exercice 3, 2)). Afin de déterminer s'ils sont inversibles, il suffit de calculer les racines des polynômes
et
:
Les racines de
sont donc
et
. Les racines sont de module strictement supérieur à 1, et le modèle définissant
est donc inversible.
Les racines de
sont
et
. L'une des racines est de module inférieur à 1, et le modèle définissant
n'est donc pas inversible.
2) Fonction d'autocovariance de
(on se servira de façon intensive du fait que
si
) :
Fonction d'autocovariance de
:
et
ont donc même fonction d'autocovariance. Celle-ci déterminant toutes les propriétés de second ordre du processus, il s'agit donc de deux processus ``semblables'' quoique donnés par des modèles différents. Ceci s'explique facilement en montrant qu'on peut définir
par le même modèle que
. En effet, posons
. La densité spectrale de
vaut :
a une densité spectrale constante ; c'est donc un bruit blanc de variance
, de même variance donc que
. De plus,
et
sont donc deux MA(2) qui peuvent être définis par un même modèle et associés à des bruits blancs de même variance. Rien d'étonnant à ce qu'ils aient même autocovariance.
Thierry Cabanal-Duvillard
2001-03-21